RAPHAEL PITTI PERSONNALITE DE LANNEE POUR LES LECTEURS DU REPUBLICAIN LORRAIN - UOSSM FRANCE

RAPHAEL PITTI PERSONNALITE DE LANNEE POUR LES LECTEURS DU REPUBLICAIN LORRAIN

Le 05/01/2014

Les lecteurs du journal ont été sondés sur internet. 10 000 personnes ont voté. Le médecin, Raphaël Pitti, et son action en Syrie ont emporté 39% des suffrages.

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Raphaël Pitti : « S’il n’y a pas de solution politique, il y a une solution humanitaire ». Photo Maury Golini, du 19 octobre 2013

Le spécialiste de médecine de guerre qui forme pour l’UOSSM des médecins syriens à soigner les blessures de guerre a oeuvré pour faire partir ce convoi d’aide à la population d’Alep qui vit sous des bombardements constants. Dix tonnes de marchandises. Des lits médicalisés, du matériel médical, des vêtements, du lait maternisé, des fournitures scolaires ont quitté le 19 octobre Metz pour la Syrie. Une mise en oeuvre de la charte de l’amitié signée en juin entre les villes de Metz et d’Alep.

 

Un extrait du témoignage du médecin sur la situation à Alep dans Le Parisien du 01.03.2013.

« A Alep, l’armée syrienne a tiré des obus sur les sauveteurs »

 

Dr Raphaël Pitti, médecin humanitaire français de retour de Syrie

Le docteur Raphaël Pitti, 61 ans, dirige le service d’anesthésie d’une clinique de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Mais c’est sur les théâtres de conflits ou de catastrophes naturelles que cet ancien médecin général de l’armée française, agrégé de médecine d’urgence, n’hésite pas à s’engager bénévolement. Il vient d’effectuer une mission en Syrie pour le compte de l’organisation humanitaire UOSMM. Objectif : former les médecins syriens aux pathologies de guerre.

 

Vous revenez d’Alep, la grande ville syrienne. Qu’est-ce qui vous a le plus frappé?

Raphaël PITTI. A Alep, la situation est exactement la même que celle que j’avais pu observer à Sarajevo. La ville est séparée en deux par une ligne de front et on s’envoie des obus de mortier de part et d’autre de cette ligne de démarcation où sévissent les snipers. La population essaye de survivre, prise au piège entre deux armées qui s’affrontent. Dans la partie que j’ai vue, celle contrôlée par les rebelles, c’était d’une tristesse épouvantable. D’abord parce qu’il faisait froid, gris, il pleuvait beaucoup, les rues étaient inondées, il y a des immondices partout. Il y a tous les ingrédients pour des problèmes épidémiques.

 

Quelles étaient vos conditions de travail?

On travaillait avec les fenêtres occluses pour éviter les tirs ennemis. Comme les coupures d’électricité sont fréquentes, on était obligés de continuer à opérer avec des lampes frontales. Tout cela dans un froid épouvantable, sans eau chaude. C’est pareil pour toute la population.

 

Quand vous étiez à Alep, il y a une dizaine de jours, plusieurs Scud ont été tirés sur des quartiers d’habitations. Que se passe-t-il alors?

Nous étions en train de finir notre formation lorsqu’on a été avertis qu’un premier Scud venait de tomber sur un quartier. Le coordonnateur présent a alors réparti les médecins sur trois hôpitaux. L’horreur de l’horreur, c’est que les forces du régime ont ensuite tiré un obus sur les sauveteurs. On a vu arriver des sauveteurs blessés. On a dénombré 35 victimes et de nombreux blessés. Ce qui est extraordinaire, c’est que les médecins syriens se sont préparés pour recevoir les blessés en installant des perfusions et ils se sont mis à chanter. J’avais déjà vu cela ailleurs : on chante et on rigole pour évacuer le stress. C’est un moment émouvant.

 

Vous réclamez un corridor humanitaire afin d’évacuer les blessés vers la Turquie…

Oui, on ne peut pas abandonner dans une situation aussi difficile une population entière. C’est une sorte de guerre urbaine qui prend en otage 22 millions d’individus qui se déplacent au fil des combats. Près de la frontière turque, j’ai vu un camp de 6000 personnes réfugiées, vivant dans des conditions inhumaines dans le froid, la gadoue, la faim. C’est inacceptable. Je ne me place pas d’un point de vue politique mais on ne peut pas laisser faire ça. …

 

Le Parisien

Dans cette vidéo d’ARTE, Raphaël Pitti explique la particularité de ce conflit en Syrie où les hôpitaux et toutes les structures de soin sont systématiquement visés par les bombardements dans les zones qui ne sont plus sous le contôle du gouvernement. (Attention, monter le son).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son témoignage sur France Info de mars 2013:

 

 

 

 

 

 

Un extrait de son interview du 13 octobre 2013 au Républicain Lorrain sur la situation sanitaire catastrophique en Syrie

Samedi dernier, le Dr Raphaël Pitti était encore à la frontière libano-syrienne, pour créer le deuxième centre de formation de médecins et secouristes du sud de la Syrie (un premier centre a été installé dans le nord-est du pays). Rencontre avec le médecin urgentiste qui a créé une formation à la médecine de guerre lors de son passage à l’hôpital Legouest de Metz.

 

Quelle est la situation en Syrie ?

Raphaël PITTI : « C’est une catastrophe humanitaire liée à cette guerre qui se prolonge depuis deux ans et demi. Une guerre urbaine. Les Syriens vivent au quotidien des bombardements et des explosions. C’est la destruction totale de la vie économique. »

 

Une catastrophe sanitaire également ?

« Il n’existe plus de centres médicaux primaires, les médecins ont fui. Les hôpitaux, cliniques, dispensaires ont été détruits, il n’y a plus de médicaments. La population souffrant de maladies chroniques comme le diabète ou le cancer, ne bénéficie plus de soins. On compte 100 000 morts dus à la guerre, j’imagine qu’on peut en compter 100 000 de plus liés à la catastrophe sanitaire.

Le pays vit une récidive de l’épidémie de leishmaniose, il n’y a plus de vaccins. Une épidémie de rougeole tue également de manière très importante. Et les mafias se sont implantées, même dans les camps comme Zaatari, en Jordanie, qui accueille 180 000 réfugiés dont 60 000 enfants non scolarisés. » …