Depuis le début de la guerre en Ukraine fin février 2022, l’UOSSM France s’est mobilisée auprès des  soignants ukrainiens avec pour projet d’ouvrir un centre de formation à la médecine de guerre. Après une première mission exploratoire à Lviv en avril 2022, le projet s’est concrétisé par une première étape cruciale, la formation de 9 soignants venus d’Ukraine, qui seront les formateurs au sein de notre futur centre. Du 6 au 12 mai 2022 à Metz, l’UOSSM France en partenariat avec La Chaîne de l’Espoir et l’Institut Européen de formation, a formé 9 soignants ukrainiens aux techniques de médecine de guerre. Témoignages et retours d’une semaine de formation à Metz.

Formation à la médecine de guerre UOSSM France Raphael Pitti Metz

Les 9 soignants formés ont été choisis pour leur profil spécifique. Ils sont anesthésistes-réanimateurs médecins ou infirmiers, ils ont une expérience de la pédagogie et de la guerre. Durant 1 semaine, ils étaient confrontés à des simulations de situations de stress et d’extrême urgence afin de renforcer leur techniques de prise en charge et l’appropriation d’algorithmes de décision. 

“La guerre en Ukraine est une guerre urbaine qui impacte directement les structures sanitaires. Il y a des afflux de victimes dans les hôpitaux civils. Les soignants civils ne sont pas préparés à recevoir des pathologies de guerre. Dans la prise en charge de ces blessés, le triage est l’élément essentiel, triage entre les urgences absolues et les urgences relatives. Au sein des urgences absolues, les cas d’extrêmes urgence relèvent des patients qui vont mourir dans l’heure si l’on ne fait rien. Dans la médecine de guerre, le rôle du soignant est dès l’arrivée du blessé de le stabiliser. C’est le damage control. Ce n’est que dans un deuxième temps que s’applique la thérapeutique et les soins. Durant une semaine, les 9 soignants ont été initiés au triage et au damage control.”Pr Raphaël Pitti, médecin anesthésiste-réanimateur, responsable formation UOSSM France

Un exercice de simulation comme à la guerre

 

Formation médecine de guerre UOSSM France Ukraine

En guise de patients, un homme de 28 ans, représenté par un mannequin, est censé être inconscient. Il a reçu des éclats d’obus, deux des soignants ukrainiens formés ont quelques minutes pour stabiliser son état.Ils essayent de trouver toutes les blessures du patient pour lui sauver la vie. 

“Bien sûr, il y a de la pression, c’est normal. Nous devons mettre cela de côté, pour nous occuper du patient.” LUKIIANCHUK Vitalii, un des médecins formés, anesthésiste-réanimateur

“Quand j’ai entendu parler de cette formation, j’ai dit oui tout de suite, s’il vous plaît, emmenez-moi, je veux apprendre, je veux m’exercer. Je veux pouvoir aider mes voisins, mon pays. Je veux sauver des vies.” SERGIIENKO Oleksandra, infirmière anesthésiste-réanimatrice

“Nous sommes devant une personne en train de perdre la vie, il saigne, il s’asphyxie. Qu’est-ce que je fais ? Il faut impérativement que je le stabilise : pathologie par explosion, écrasement de membres sous les décombres…etc, ce sont des pathologies, propres à la médecine de guerre.” Pr Raphael Pitti, médecin anesthésiste-réanimateur, responsable formation UOSSM France

"Les secouristes sont en première ligne pour apporter les premiers soins aux blessés de guerre. Les former aux techniques de médecine de guerre est essentiel." Dr Amaury Guéniot, ancien médecin militaire, médecin urgentiste et sapeur-pompier, Directeur Médical Remote Medicine France, centre formation agréé en médecine préhospitalière et médecine en milieu hostile

L’échographie d’une urgence, une compétence clé

Réaliser une échographie permet de trier les patients selon la gravité de leur situation. Durant la formation, les soignants ukrainiens avaient à leur disposition des sondes d’échographie portative dont les résultats peuvent se lire via un smartphone. Ce matériel sera bien sûr aussi disponible au sein du centre de formation en Ukraine et des futurs secouristes en zone de guerre. 

 “Une échographie, correctement faite selon les protocoles pour un patient traumatisé, c’est 2 min. Elles sont majeures, car lorsque vous allez avoir un afflux de victimes, la question va très vite se poser. Qui va passer en premier au bloc opératoire ? L’appareil d’échographie, va permettre, au lit du malade, d’identifier en quelques minutes la cause et permettre de commencer le traitement au plus vite. Nous avons formé des personnes qui n’avaient pas l’habitude de cet outil dans un temps très restreint.”  Dr Pierre Catoire, médecin urgentiste, chef de clinique au CHU de Bordeaux, en charge du volet FEU de la formation

Des soignants ukrainiens engagés pour sauver des vies 

 

“Les cours se sont très bien passés. Ce fut une excellente expérience. Nous avons eu des cours théoriques et pratiques dans différents domaines avec une perspective française. Il est toujours bon d’avoir une nouvelle expérience pour élargir ces compétences surtout avec nos collègues français qui ont connu la guerre en Syrie.” AHANTSEV Artem, anesthésiste-réanimateur

“Si beaucoup de victimes arrivent, 50 ou 60 d’un coup, que vos moyens sont réduits, vous devez choisir quel est celui qui doit vivre, quel est celui qui doit mourir. C’est ce qu’il y a de plus éprouvants. C’est la chose la plus difficile.” DEYNEKA Igor, médecin anesthésiste-réanimateur. 

“La guerre a changé notre vie de soignant. J’étais immunologiste pédiatre. Aujourd’hui, je suis coordinateur d’un centre de formation à la médecine de guerre pour l’UOSSM France. Ce n’était pas mon cœur de métier. Il fallait le faire. J’ai souhaité m’engager, agir pour participer à sauver des vies.” Dr Yuriy Stepanovskyy, Professeur agrégé de Shupyk National Healthcare University of Ukraine, coordinateur médical du futur centre de formation en Ukraine

Prochaine étape : ouverture du centre en juillet 2022

 

Après la formation des formateurs, la prochaine étape est l’acheminement du matériel dans les locaux du futur centre à Lviv. Le bâtiment est en cours de préparation pour des premières sessions de formation en juillet 2022. 

Trois stages de formation seront mis en place : 

ATMG : apprentissage aux techniques de médecine de guerre

ATSG : apprentissage aux techniques de secourisme de guerre

FEU : formation en échographie d'urgence

L’UOSSM France souhaite former 2500 soignants : secouristes, infirmiers, médecins dans les prochains mois. 

Ce centre de formation va pouvoir ouvrir ses portes grâce à la générosité des donateurs de l'UOSSM France et de notre partenaire La Chaîne de l'espoir. 

Un grand merci aux formateurs et personnes qui ont permis cette formation unique à Metz : 

  • Samuel Lazreg, directeur de l’institut européen de formation
  • Dr Pierre Catoire, médecin urgentiste, chef de clinique au CHU de Bordeaux, en charge du volet FEU de la formation
  • Dr Amaury Guéniot, ancien médecin militaire, médecin urgentiste et sapeur-pompier, Directeur Médical Remote Medicine France, centre formation agréé en médecine préhospitalière et médecine en milieu hostile
  • Dr Yuriy Stepanovskyy pour la traduction - Professeur agrégé de Shupyk National Healthcare University of Ukraine, coordinateur médical du futur centre de formation en Ukraine

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