Mis à jour le 27 août 2020

COVID-19 en Syrie : une course contre la montre 

 

Dès les premiers cas de COVID-19, l'UOSSM a mis sur pied plusieurs mesures de lutte contre l'épidémie dans le nord de la Syrie, dont une formation spécifique pour l'équipe médicale, qui a bénéficié à plusieurs soignants de la région. 13 centres et unités spéciales ont également été préparés afin d'effectuer le dépistage et le traitement des cas suspects. Des tests PCR sont réalisés dès que les patients présentent des symptômes.

Le nombre de cas positifs recensés a considérablement augmenté ces derniers jours en Syrie. Le 21 août, l'OMS, Organisation mondiale de la Santé, annonçait 2 008 personnes infectées du virus, dont 82 personnes décédées, majoritairement des soignants. Un drame lorsque l'on sait qu'il n'y a que 600 soignants pour 4 millions d'habitants dans le nord-ouest de la Syrie. 

Le pic épidémiologique n'est pas encore atteint, mais le pire est redouté... Particulièrement dans les camps, où le virus a fait son apparition, comme à Al-Hol, dans le nord-est du pays. Sans capacité de mener des dépistages à grande échelle, nous pouvons nous attendre à une catastrophe humanitaire, pour des Syriens à bout de souffle.

Retour sur nos actions


Le 10 juillet, un médecin d'Idleb testé positif au COVID-19 


C’est avec tristesse que nous avons appris la confirmation du premier cas de COVID-19 dans le nord-ouest de la Syrie. C’est un médecin de 39 ans, soignant de l’hôpital Bab Al-Hawa, fondé par l’UOSSM en 2013. Le médecin, comme de nombreux soignants dans cette zone, avait pour habitude de faire des allers-retours entre la Turquie (Gaziantep), où il vivait, et la Syrie, où il assurait sa fonction de médecin. La source de l’infection est à ce jour inconnue. Nous savons simplement qu’il s’est rendu dans la région d’Alep à Al Bab, pour rendre visite à sa femme, médecin elle aussi, entre le 30 juin et le 1er juillet. 

"Le 4 juillet, il a présenté une symptomatologie, faites de courbatures, de fièvre et de toux sèche. Le 7 juillet, le test PCR a confirmé l’atteinte au COVID-19. Immédiatement, l’hôpital a été confiné, les opérations ont été arrêtées. Des tests PCR pour l’ensemble des soignants de l’hôpital sont en cours pour détecter la présence d’autres cas éventuels. Bien entendu, ce que nous pouvons craindre, c’est un foyer, qui puisse se répandre sur l’ensemble de la population, qui est extrêmement fragilisée et pour laquelle, le confinement paraît totalement impossible." Pr Raphaël Pitti, responsable formation de l'UOSSM, médecin anesthésiste réanimateur. 

"Jusqu’à maintenant, il n’y avait pas de cas COVID-19, car il y avait très de peu de mouvements dans le nord-ouest, c’était une zone enclavée. Avec ce 1er cas, l'inquiétude se fait sentir auprès des soignants en Syrie. Beaucoup de questions se posent. Il y a une inquiétude pour sa femme, qui est aussi médecin, qui travaille à Al-Bab (région d’Alep) et à qui il a rendu visite quelques jours auparavant." Dr Ziad Alissa, président de l'UOSSM France, médecin anesthésiste réanimateur. 

Depuis cette première infection confirmée, 19 cas de COVID-19 ont été détéctés suite à près de 3000 tests réalisés dans la province d'Idleb.  




Face à cette urgence, l’UOSSM a renforcé son plan de lutte contre le coronavirus dans ses structures médicales, en fournissant 50 000 masques N95, qui permettent de couvrir 29 centres de santé et hôpitaux à travers le nord de la Syrie. L'UOSSM fournit également tout le nécessaire de protection pour les soignants : du gel hydroalcoolique, des masques, des gants, du désinfectant, des sur-chaussures et des charlottes.

La confirmation d’un cas de COVID-19 dans le nord-ouest de la Syrie est particulièrement inquiétante, car elle est intervenue lors des négociations du Conseil de sécurité de l’ONU sur le sort de la résolution transfrontalière qui permet l'acheminement de l'aide humanitaire dans la région. Le samedi 11 juillet, le Conseil de sécurité de l'ONU a réactivé l'aide humanitaire transfrontalière pour 12 mois uniquement pour le le point de passage de Bab al-Hawa qui dessert la province d'Idleb, mais en supprimant celui de Bab al-Salam qui menait à 1,3 million de Syriens au nord d'Alep.

Dès le 30 mars, l'UOSSM lançait un plan de prévention pour lutter contre le Covid-19 en Syrie


Face au risque de propagation du virus et aux besoins médicaux et humanitaires quotidiens, le système médical en Syrie s’organise sur tous les fronts. Sinistré par la guerre et les bombardements, les soignants se retrouvent en grande difficulté face à la menace pandémique. Suite au plan de prévention, l'UOSSM lance un nouveau plan d'action de lutte contre le Covid-19, en concertation avec le directorat de santé d'Idleb et les organisations partenaires sur le terrain.

Formation inédite de médecins français aux soignants du nord-ouest de la Syrie

Ce lundi 30 mars 2020, les médecins de l'UOSSM : Pr Raphaël Pitti, médecin-anesthésiste réanimateur, opérant au service de réanimation de l'hôpital de Metz, le Dr Ziad Alissa, médecin-anesthésiste réanimateur, opérant au service de réanimation de l'hôpital de Clermont de l'Oise et Beauvais et le Pr Abdulmonim Hamid, pneumologue, référent scientifique à l’hôpital Foch, ont réalisé une première formation à 70 soignants du nord-ouest de la Syrie, sur le sujet du COVID-19 :

  • Présentation et rappel des maladies virales 
  • Le virus SARS-COV-2, conduisant au COVID-19
  • Le diagnostic et le triage 
  • Le protocole thérapeutique, et sa possibilité en Syrie

 

Formation en ligne au covid19 des soignants en Syrie 

"Nous avons proposé aux soignants en Syrie de classer les malades en trois catégories : rouge, orange et vert. Vert, ce sont les asymptomatiques ou avec des petits symptômes, à traiter à la maison avec du repos et du paracétamol. Orange, ce sont les patients avec comorbidité (diabète, maladie cardiovasculaire, maladie respiratoire, insuffisance rénale, maladies auto-immunes), présentant une gêne respiratoire, ayant besoin d'être hospitalisé, pour leur éviter des complications et la réanimation. Il faut qu’ils suivent leurs traitements sous surveillance médicale à l’hôpital ou à distance par des visites des équipes mobiles. Rouge, ce sont les plus vulnérables dont l'état s'est détérioré et les poumons sont atteints. L'oxygénation ne suffit plus et ils nécessitent une hospitalisation dans une unité de réanimation. Malheureusement, les patients de la catégorie Rouge ont de grands risques de ne pas s'en sortir étant donné le faible taux d'équipement et de soignants dans la région. Les efforts vont donc se concentrer sur les patients de la catégorie Orange que l'on pourra suivre et sauver. Il est donc important dès maintenant de confiner les personnes âgées et les malades chroniques afin d'éviter qu'ils ne soient touchés par le COVID-19." Dr Ziad Alissa, médecin anesthésiste-réanimateur président de l'UOSSM.


Un système de santé sinistré et peu équipé face au COVID-19


Il n’y a que 201 lits de soins intensifs et 95 respirateurs disponibles dans tout le nord-ouest syrien. Hors soins intensifs, on comptabilise un lit médicalisé pour 1 363 habitants. Beaucoup moins que toutes les normes internationales, et moins que les normes humanitaires.

600 médecins seulement sont présents dans le nord-ouest de la Syrie, pour 4,2 millions de personnes. Soit, 1,4 médecins pour 10 000 habitants. Ils opèrent 500 000 actes médicaux gratuits par mois. Leur santé et leur bien-être sont essentiels et vitaux pour continuer à aider et à servir les Syriens.

 

Face à ces chiffres alarmants, découvrez >> notre plan d'action << pour lutter contre le COVID-19. 

 

Votre soutien pour projets et acquérir le matériel de protection et de prise en charge du coronavirus est primordial. Ensemble, nous pourrons renforcer les capacités du système de santé syrien, et faire face à la fois à cette menace, mais aussi à la situation humanitaire dans son ensemble.  

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Le 23 mars 2020

Covid-19 en Syrie, le scénario catastrophe

 

Dans un contexte de chaos humanitaire dans la province d’Idleb, la propagation du COVID-19 serait une véritable crise dans la crise, un scénario catastrophe redouté par les soignants de l’UOSSM. Le système sanitaire et médical est très précaire avec les bombardements intensifs ces derniers mois sur les hôpitaux et structures médicales. 

Au vue de la situation épidémiologique actuelle dans la région avec la propagation rapide des cas dans les pays voisins, l’OMS s’inquiète du risque élevé de propagation du virus. Afin de limiter les conséquences d'une prochaine épidémie, l'UOSSM se mobilise. Sur la base des directives de l'OMS, nos équipes ont élaboré un plan d'action sur le terrain. Centres et acteurs de la santé se préparent de nouveau au pire. 

 

Lire notre article : Très grand risque de propagation du Covid-19 en Syrie selon l'OMS

L’UOSSM travaille en étroite collaboration avec le directorat de santé d’Idleb pour la mise en place de ce plan de prévention. Il y a quelques jours, le directorat de santé annonçait l’ouverture d’un laboratoire de surveillance épidémique afin effectuer les tests PCR d’identification du Covid-19, même si à ce jour les kits ne sont pas encore disponibles à ce jour. Nous suivons de très près l'évolution de l'épidémie. Nos équipes se tiennent prêtes à apporter une réponse d'urgence. Elles sont formées aux règles d'hygiène pour éviter la propagation, nous renforçons nos programmes de santé, et un travail de sensibilisation des populations aux mesures barrières, a commencé.

 

Plan de prévention Covid-19 Syrie par l'UOSSM

 

Lire la prise de parole du responsable du directorat de santé d’Idleb

« Dans la zone d'Idleb en Syrie, le retour que nous avons des médecins qui sont sur place et des cliniques mobiles que nous avons mises en place, c’est la présence de plus en plus importante de cas de syndromes dits grippaux. Mais nous sommes dans une pleine période de maladie saisonnière à virus et donc il est difficile, bien entendu, de faire la part des choses. Ce que remontent les médecins, c’est qu’ils ont véritablement des tableaux pouvant évoquer une infection à coronavirus. Pour l’instant, ils ne notent pas une surmortalité, en particulier chez les personnes âgées. », Pr Raphaël Pitti, responsable formation de l’UOSSM. 

Lire notre article : "La population syrienne va-t-elle être de nouveau livrée à elle-même ?" Pr Raphaël Pitti alerte sur le COVID-19 en Syrie

Dans les camps de réfugiés, sous les tentes ou les habitations de fortune, il est très difficile de pouvoir faire respecter les consignes de sécurité et de lutte contre la propagation du virus. En effet, ces camps connaissent un surpeuplement, les tentes sont souvent occupées par plusieurs familles en même temps et les toilettes sont souvent collectives.  Autant dire que les mesures de distanciation sociale et de lavage des mains semblent compliquées à appliquer. Ainsi, tous les éléments de base pour prévenir une épidémie manquent clairement dans la province d’Idleb. 

Le camp d'Atme en Syrie

Vue du camp d'Atme en Syrie, à quelques kilomètres de la frontière turque

"Ce qui nous inquiète, c'est que, dans ces camps, alors qu'il le faudrait, nous ne pourrons pas faire de tests de dépistage du COVID-19 pour tout le monde, car le coût de ces tests est beaucoup trop élevé. Mais nous aurons le moyen de vérifier les cas les plus graves, ceux qui présentent des symptômes respiratoires sévères. Mais il faut être clair : les hôpitaux, ici, sont déjà confrontés à de grandes difficultés, chaque crise affaiblit un peu plus notre système médical. (...) Ce qui est sûr, c'est qu'appliquer des mesures de confinement sera très difficile dans le camp d'Atme surpeuplé..." Dr Muhannad Alkhalil, médecin dans le centre de santé de Kafr Oweid dans le camp d’Atme. 

Camp Atme Dr Muhannad UOSSM

Dr Muhannad Alkhalil soigne une petite fille dans notre centre de santé de Kafr Oweid à Atme 

Lire notre article : Dans le camp d'Atme, l'inquiétude monte face au COVID-19

En Syrie et partout dans le monde, la situation est particulièrement préoccupante. Plus que jamais, nous devons nous mobiliser aux côtés des plus vulnérables et faire preuve de solidarité. 

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