Après notre lettre d'alerte envoyée au président de la République, le 30 décembre 2019, sur la situation catastrophique à Idleb, l'UOSSM a été reçue le mercredi 8 janvier 2020 à l'Elysée, en compagnie d'autres associations humanitaires agissant en Syrie. L'occasion pour nous de faire entendre la voix des soignants en Syrie et des populations déplacées à Idleb.

"Notre priorité, après ce RDV avec le président Emmanuel Macron, est de continuer la mobilisation et d'apporter un accès aux soins aux déplacés d'Idleb, d'amplifier notre réponse humanitaire et de se tenir prêt pour l'ouverture des couloirs humanitaires, par résolution à l'ONU comme annoncé par le président lors de la réunion en réponse à notre lettre d'alerte."  Dr Ziad Alissa et Pr Raphaël Pitti

 

A cette réunion étaient présents le Dr Ziad Alissa, président de l'UOSSM, et le Pr Raphaël Pitti, responsable formation UOSSM.

Nous avons présenté au président l'urgence de la catastrophe humanitaire, et notamment le fait que les structures médicales soient la cible des bombardements, malgré que les coordonnées GPS aient été données à l'ONU afin d'assurer leur protection. Ce sont bien des crimes de guerre qui se déroulent actuellement.

Nous avons demandé une réaction à la hauteur des enjeux. En comparaison, si un tremblement de terre avait lieu ailleurs dans le monde, toute la communauté internationale serait mobilisée. Actuellement, 235 000 personnes, ont quitté une vingtaine de villages à cause des bombardements, ils ont vécu un exode massif et se retrouvent sans aucune aide humanitaire, sans abri, sans accès aux soins.

"S'il y avait un tremblement de terre à Bordeaux, ville qui compte 250 000 personnes, à l'instar du nombre de déplacés du sud d'Idleb depuis la mi-décembre, que ferions-nous ? Des ponts aériens, l'envoi de tentes, la mise en place d'une aide internationale, etc. ? Aujourd'hui, que faisons-nous pour Idleb ? l'aide humanitaire est très peu présente et clairement insuffisante ? La France doit apporter une aide humanitaire à ces populations et soutenir les organisations qui sont présentes à Idleb, comme l'UOSSM." Pr Raphaël Pitti, responsable formation de l'UOSSM

 

Nous avons réitéré une demande d'une parole forte de la France, qu'elle ne détourne pas le regard face à cette situation dramatique.

Emmanuel Macron s'est montré à l'écoute et nous avons eu le sentiment d’avoir été entendu. Le président de la République s’est engagé à obtenir dans les prochains jours la réouverture de couloirs humanitaires vers la province d'Idleb, de sanctuariser ces voies. La France peut l’obtenir par une nouvelle résolution à l'ONU. Le président nous a indiqués vouloir obtenir une trêve sur Idleb, afin d'éviter la catastrophe humanitaire que peut représenter plus d’1 millions de personnes, qui sous la pression des bombardements, de l’absence de soins, de pénurie de denrées alimentaires, de famine, risquent de vivre un désastre humanitaire. Et risque de ce fait, de se diriger vers les portes de la frontière turque. Le président s'est dit prêt à nous recevoir de nouveau pour évoquer l’évolution de cette situation.

L'UOSSM est aujourd'hui en attente de la mise en place des ces couloirs humanitaires. Mais surtout, et avant tout, de l'arrêt des bombardements, préalable indispensable pour la sécurité des personnels humanitaires et des populations civiles. Suite à cette réunion, nous espérons un geste fort de renforcement de l’aide humanitaire par la France, auprès des ONG actives dans le nord-ouest de la Syrie.

L'UOSSM continue la mobilisation auprès des déplacés d'Idleb et reste engagé pour apporter une aide médicale d'urgence. Nous appelons à nous soutenir pour la mise en place des cliniques mobiles à travers notre collecte de fonds :

>> ICI LA SYRIE - COLLECTE <<

 

Rappel de nos messages principaux au président lors de cette réunion :

 

1/ Risque de famine provoqué par la pénurie des denrées alimentaires

Les mesures de restrictions financières et d’embargo qui pèsent sur la Syrie ont conduit à une baisse significative et historique de la valeur de la livre syrienne. Le risque de famine est bien réel. 54% de la population syrienne est en situation de risque ou d'insécurité alimentaire (Source : RAPPORT "FOOD SECURITY SITUATION IN SYRIA"). La malnutrition et la famine sont des conséquences directes de la guerre :

> Un accès limité à une eau et à une nourriture de qualité, de mauvaises habitudes alimentaires, une insuffisance en protéines et en micronutriments, rendant toute une population plus vulnérable aux maladies.

> Forte baisse de la production alimentaire, provoquant une flambée des prix (panier alimentaire 90% supérieur aux moyennes nationales d'août 2015 et 800% plus élevé qu'avant la crise).

> Destruction des services publics et de santé. Zones assiégées et camps de réfugiés où les quantités alimentaires sont insuffisantes.

Beaucoup d’indicateurs montrent un risque de famine imminent en Syrie y compris dans les zones sous contrôle du régime.

>> Notre action sur la malnutrition en Syrie <<

2/ Réponse humanitaire hétérogène et inadaptée dans le nord de la Syrie

Les bombardements continus ont forcé les populations à fuir dans le nord du pays, et ce, sans aucune considération pour les forces de contrôle des différentes zones. Ainsi, Il est important que la réponse humanitaire couvre la totalité des zones sinistrées quelque soit la force de contrôle en présence. Or, les institutions françaises et européennes restent réticentes à envoyer de l’aide humanitaire dans certaines zones. Malheureusement, ce sont les civils (majoritairement des femmes et des enfants) qui se retrouvent ainsi sans aucune aide humanitaire. 

3/ Faire respecter les couloirs humanitaires au prix d’un dialogue franc et sans compromis

Il est indispensable que la mise en place de ces couloirs humanitaires soit respectée en Syrie. Maintenir les accès transfrontaliers (Cross-borders) et points d’entrée du pays ouverts est impératif, même si cela implique d’ouvrir un dialogue franc et direct avec les principaux acteurs en jeu dans le conflit. 

4/ Accélérer et amplifier la réponse humanitaire pour faire face aux déplacements de population 

Face aux déplacements forcés des populations, la réponse actuelle est insuffisante. il est nécessaire d’apporter une aide d’urgence adaptée sur tous les plans : médicales, alimentaire, sanitaire...etc.

Notre humanité et notre engagement nous imposent de réagir. 

>> La lettre envoyée au président le lundi 30 décembre <<

Des urgences de la guerre à la santé de demain,
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